Intervention concernant l’armement de la police municipale de Thouars

Monsieur le Maire, chers collègues,

Nous voulons exprimer notre opposition au projet d’armement létal de la police municipale. Notre désaccord est politique et moral.

Il est politique parce qu’une arme létale n’est pas un équipement comme un autre. Ce n’est pas un outil de travail ordinaire. Une arme létale est faite pour pouvoir tuer. La présenter comme un simple moyen de dissuasion ne change rien à sa nature. Armer une police municipale, c’est changer sa doctrine, sa mission et son rapport aux habitants.

Pour nous, la police municipale ne doit pas devenir une police d’intervention armée. Elle doit rester une police de proximité, de prévention, de tranquillité publique, de dialogue et de médiation. Le rôle d’une commune n’est pas d’ajouter un étage local à l’État pénal. Le rôle d’une commune est de faire tenir le lien, de prévenir les tensions, d’apaiser les conflits, de créer du commun.

Notre désaccord est aussi moral. On ne banalise jamais la présence d’armes à feu sans conséquences. Une arme change la posture de celui qui la porte. Elle change aussi le regard de celles et ceux qui lui font face. Dans une situation de détresse sociale, de crise psychique, de conflit familial, de tension avec des jeunes ou de voisinage qui dégénère, l’arme n’apaise pas. Elle introduit une menace. Elle peut ajouter de la peur à la peur, de la distance à la distance, et parfois du drame au drame.

Nous ne nions pas les difficultés. Nous savons qu’il existe des tensions, des violences, des incivilités, des situations dangereuses. Mais nous refusons que la réponse politique à ces difficultés soit l’armement. La sécurité ne peut pas se résumer à l’ordre dans la rue. La sécurité, c’est aussi pouvoir se loger, se nourrir, se chauffer, être soigné, être protégé face aux violences, accéder à ses droits, trouver un service public, une association, un travailleur social, un médiateur, avant que les situations explosent.

Depuis des années, l’État se retire. Il recule dans la santé, dans la justice, dans l’éducation, dans l’action sociale, dans les services publics de proximité. Et pendant ce temps, on demande aux communes d’acheter des caméras, des équipements coercitifs, des formations au tir, et maintenant des armes létales. C’est un choix de société. On désarme les services publics et on arme les communes pour gérer les dégâts.

Ici ce choix est d’autant plus grave qu’il s’inscrit dans l’affaiblissement progressif de la présence policière nationale. Nous connaissons tous la fragilité du commissariat. Sa disparition est annoncée, redoutée, repoussée depuis trente ans. Armer la police municipale aujourd’hui, c’est prendre le risque d’aider l’État à se retirer demain. Plus la commune compense, plus l’État peut abandonner. Nous refusons ce piège.

La police municipale ne doit pas devenir le substitut armé d’une police nationale affaiblie. Ce que nous devons défendre, c’est le maintien et le renforcement du commissariat, pas son remplacement progressif par la commune. Notre position n’est pas dirigée contre les agents. Ils doivent être protégés, formés, soutenus, respectés. Mais les protéger ne veut pas dire les armer. Les protéger, c’est leur donner un cadre clair, des effectifs suffisants, une doctrine de désescalade, du soutien hiérarchique, et surtout des services publics autour d’eux pour ne pas les laisser seuls face aux fractures sociales.

Nous demandons donc l’abandon de ce projet d’armement létal. Nous défendons une autre conception de la sécurité, fondée sur la présence humaine, la prévention, la médiation, les services publics, la justice et la confiance.

On ne construira pas une ville plus sûre en armant la peur. On la construira en reconstruisant du commun.